{"id":8714,"date":"2026-07-17T12:28:29","date_gmt":"2026-07-17T10:28:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/?p=8714"},"modified":"2026-08-17T18:27:56","modified_gmt":"2026-08-17T16:27:56","slug":"cavalleria-rusticana-lonore-la-comunita-come-destino-la-pasqua-che-non-salva","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/cavalleria-rusticana-lonore-la-comunita-come-destino-la-pasqua-che-non-salva\/","title":{"rendered":"Cavalleria Rusticana : l\u2019honneur, la communaut\u00e9 comme destin, une P\u00e2ques qui ne sauve pas"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le blog de Beatrice Venezi \u2013 <\/strong>Pietro Mascagni<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Presque tous, vous avez d\u00e9j\u00e0 entendu cette musique. Vous ne le savez pas, mais vous l\u2019avez entendue. Elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e sur les images d\u2019un enterrement dans un film am\u00e9ricain, elle accompagne un boxeur qui monte sur le ring au ralenti, elle revient dans les publicit\u00e9s quand il faut exprimer de l\u201c\u201d \u00e9motion \u00bb sans utiliser de mots. Elle est devenue une sorte de synonyme universel d\u2019une certaine m\u00e9lancolie. L\u2019Intermezzo de <em>Cavalleria rusticana<\/em>&nbsp;Des millions de personnes le connaissent, m\u00eame celles qui n\u2019ont jamais mis les pieds dans un op\u00e9ra.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et presque aucune de ces personnes ne sait que cette musique si douce se trouve exactement au c\u0153ur de l\u2019une des histoires les plus brutales qui aient jamais \u00e9t\u00e9 mises en sc\u00e8ne. Et que sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, au sein de l\u2019op\u00e9ra, est la chose la plus cruelle de toutes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd'hui, je voudrais vous expliquer pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commen\u00e7ons par le titre, car il est trompeur. Quand on entend<em>&nbsp;\u201c cavalerie \u201d<\/em>&nbsp;On pense aux chevaliers, aux tournois, \u00e0 l\u2019honneur noble et m\u00e9di\u00e9val. Mais ici, cet adjectif recouvre tout : <em>rustique<\/em>. \u00ab Rusticana \u00bb signifie \u00ab paysanne \u00bb, \u00ab pauvre \u00bb, \u00ab de village \u00bb. C\u2019est la chevalerie des pauvres. Le code d\u2019honneur, certes \u2014 mais celui d\u2019un village sicilien de la fin du XIXe si\u00e8cle, o\u00f9 l\u2019honneur d\u2019un homme est une valeur absolue, o\u00f9 une trahison n\u2019est pas une douleur priv\u00e9e mais une offense publique, et o\u00f9 la vengeance n\u2019est pas un choix : c\u2019est un devoir. C\u2019est pourquoi, au final, Alfio devra affronter Turiddu en duel. Pas n\u00e9cessairement parce qu\u2019il le souhaite, mais parce qu\u2019une loi non \u00e9crite, plus forte que lui, le lui impose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C'est l'univers de Giovanni Verga, l'\u00e9crivain qui, le premier, a d\u00e9peint la vie des pauvres telle qu'elle \u00e9tait, sans l'embellir : un monde o\u00f9 le destin social dans lequel on na\u00eet est une cage, et dont on ne peut s'\u00e9chapper. <em>Cavalerie<\/em>&nbsp;Il tire justement son origine d'une de ses nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et dans cette nouvelle se trouve d\u00e9j\u00e0 un concept que Verga lui-m\u00eame th\u00e9orisera en lui donnant un nom pr\u00e9cis : les vaincus. Non pas ceux qui sont vaincus par leur propre faute, mais ceux qui perdent simplement parce que la vie, dans ce monde, fonctionne ainsi \u2014 une loi de la nature, plus qu\u2019une condamnation morale. C\u2019est la m\u00e9lancolie de ceux qui savent d\u00e9j\u00e0, au fond d\u2019eux-m\u00eames, comment cela va finir. Turiddu, Santuzza, Alfio : tous sont des \u00ab vaincus \u00bb, avant m\u00eame que la trag\u00e9die ne commence. Et cette m\u00e9lancolie ne reste pas sur le papier : Mascagni la met en musique, note apr\u00e8s note.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes en 1889. Un jeune homme presque inconnu, Pietro Mascagni, remporte un concours destin\u00e9 aux jeunes compositeurs avec cet op\u00e9ra en un seul acte. Un an plus tard, l\u2019op\u00e9ra est repr\u00e9sent\u00e9 et, du jour au lendemain, l\u2019op\u00e9ra change \u00e0 jamais. Car jusqu\u2019alors, sur la sc\u00e8ne de l\u2019op\u00e9ra, on ne voyait que des rois, des dieux, des h\u00e9ros mythologiques et des princesses. Avec <em>Cavalerie<\/em>&nbsp;Pour la premi\u00e8re fois, ce sont les pauvres qui montent en sc\u00e8ne : les charretiers, les paysannes, les aubergistes, les habitants d\u2019une ruelle. Une histoire vraie, qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9e ; mais aussi du vrai sang, de vraies larmes, de vraies jalousies. On a appel\u00e9 cela le \u00ab v\u00e9risme \u00bb, et <em>Cavalleria rusticana<\/em>&nbsp;C'est l\u00e0 son acte de naissance \u2014 un succ\u00e8s si retentissant qu'il s'est r\u00e9pandu en quelques mois dans toute l'Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et la musique aussi est nouvelle. Mascagni \u00e9crit des phrases courtes, concr\u00e8tes, presque parl\u00e9es, qui ne vous racontent pas l\u2019\u00e9motion : elles vous la transpercent, d\u2019un seul coup. Il suffit de regarder comment est construit le Pr\u00e9lude : ce n\u2019est pas la fresque orchestrale habituelle qui pr\u00e9pare le public puis se referme sur elle-m\u00eame. Mascagni l\u2019interrompt d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, \u00e0 mi-chemin, pour laisser entrer une seule voix, hors champ \u2014 un choix que tr\u00e8s peu de compositeurs se seraient permis en 1890. \u00c9coutez comment cela commence. Avant m\u00eame que le rideau ne se l\u00e8ve, une voix chante au loin, hors sc\u00e8ne : c\u2019est Turiddu qui entonne une s\u00e9r\u00e9nade \u00e0 la fois passionn\u00e9e et nostalgique \u2014 la <em>Sicilienne<\/em>. La m\u00e9lodie s'articule autour de larges intervalles et de portements qui glissent d'une note \u00e0 l'autre, ressemblant davantage \u00e0 une complainte qu'\u00e0 une d\u00e9claration d'amour : c'est la m\u00eame chose <em>angoisse sicilienne <\/em>que l\u2019on retrouve encore aujourd\u2019hui dans les chants populaires de l\u2019\u00eele \u2014 cette fa\u00e7on typiquement sicilienne de d\u00e9sirer quelque chose tout en sachant d\u00e9j\u00e0, au fond de soi, qu\u2019on ne pourra pas l\u2019obtenir. Turiddu d\u00e9clare \u00eatre pr\u00eat \u00e0 mourir pour embrasser la femme qu\u2019il aime. Seulement, cette femme est l\u2019\u00e9pouse d\u2019un autre. L\u2019infid\u00e9lit\u00e9 \u2014 et la m\u00e9lancolie des vaincus qui l\u2019accompagne \u2014 sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans la musique, avant m\u00eame que l\u2019histoire ne commence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis le rideau se l\u00e8ve \u2014 et avec lui, la lumi\u00e8re sicilienne fait irruption sur sc\u00e8ne, puissante, sans demander la permission, et envahit tout. Le ch\u0153ur entonne : \u00ab Les orangers embaument les lisi\u00e8res verdoyantes \u00bb. Il suffit de deux vers pour que toute l\u2019\u00eele soit d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 : le soleil radieux, un ciel limpide avec ce bleu que seule la Sicile poss\u00e8de, le parfum de la campagne sicilienne et des agrumes. Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une lumi\u00e8re qui, si vous y pr\u00eatez attention, se teinte davantage de trag\u00e9die que de joie \u2014 lumi\u00e8re et deuil \u00e0 la fois, comme nous le verrons dans un instant. C\u2019est cette m\u00eame lumi\u00e8re qui, bien plus tard, poussera tant de grands r\u00e9alisateurs \u00e0 choisir pr\u00e9cis\u00e9ment la Sicile comme d\u00e9cor pour leurs films \u2014 cette luminosit\u00e9 incomparable qu\u2019aucun filtre ne parvient vraiment \u00e0 imiter. Mascagni l\u2019a mise en musique avant m\u00eame qu\u2019il n\u2019existe une cam\u00e9ra capable de la capturer. C\u2019est la force d\u00e9vastatrice du Sud.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L'un des aspects les plus raffin\u00e9s de l'\u0153uvre r\u00e9side dans le choix du moment : toute l'histoire se d\u00e9roule le matin de P\u00e2ques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L'histoire, en soi, est aussi vieille que le monde. Turiddu, de retour du service militaire, d\u00e9couvre que la femme qu'il aimait, Lola, lass\u00e9e de l'attendre, a \u00e9pous\u00e9 Alfio, le charretier ais\u00e9 du village. Par d\u00e9pit, ou peut-\u00eatre simplement pour se consoler, il s\u2019attache \u00e0 Santuzza \u2014 une jeune fille qui l\u2019aime vraiment et qui s\u2019offre \u00e0 lui, perdant ainsi son honneur. Mais Lola, d\u00e9sormais mari\u00e9e, ne le laisse pas partir : elle le rappelle \u00e0 elle, et tous deux recommencent \u00e0 se voir en cachette, \u00e0 l\u2019insu de son mari. Santuzza, trahie deux fois et d\u00e9shonor\u00e9e, supplie d\u2019abord Turiddu de revenir vers elle, puis \u2014 aveugl\u00e9e par la douleur et la jalousie \u2014 r\u00e9v\u00e8le tout \u00e0 Alfio. Et \u00e0 Alfio, dans ce monde-l\u00e0, il ne reste qu\u2019un seul choix possible : d\u00e9fier Turiddu en duel. Tout cela \u2014 l\u2019amour, la trahison, l\u2019honneur bafou\u00e9, la vengeance \u2014 va se jouer en l\u2019espace de quelques heures. Le matin de P\u00e2ques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prenez un instant pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que cela signifie. P\u00e2ques, c\u2019est la R\u00e9surrection ; la c\u00e9l\u00e9bration de la vie qui triomphe de la mort, du pardon. Tout le village se rue vers l\u2019\u00e9glise en chantant que le Seigneur est ressuscit\u00e9 \u2014 \u201c Chantons, le Seigneur n\u2019est pas mort \u201d. Et tandis que tous chantent la R\u00e9surrection, dehors, \u00e0 quelques pas de l\u00e0, se pr\u00e9pare une mort que personne ne peut plus arr\u00eater. Le pardon et la vengeance, la R\u00e9surrection et la mort, la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne et le code d\u2019honneur, la dimension religieuse et la dimension humaine. Des contrastes f\u00e9roces et extr\u00eamement puissants que Mascagni construit avec une lucidit\u00e9 qui, aujourd\u2019hui encore, laisse sans voix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et la personne qui porte ce contraste inscrit sur elle, dans son corps, c'est Santuzza.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Santuzza est le c\u0153ur \u00e9motionnel de l\u2019op\u00e9ra, mais il ne faut pas la r\u00e9duire \u00e0 la simple \u201c femme trahie \u201d, car elle est bien plus que cela. Santuzza est la paria. Elle a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite, abandonn\u00e9e, d\u00e9shonor\u00e9e, et dans ce monde, cela signifie avoir perdu tout ce qu\u2019une femme pouvait perdre : son honneur, sa place au sein de la communaut\u00e9, le droit m\u00eame \u00e0 une vie normale. Et Mascagni lui r\u00e9serve l\u2019image sc\u00e9nique la plus cruelle qu\u2019on puisse imaginer : alors que tout le village entre dans l\u2019\u00e9glise pour la messe de P\u00e2ques, elle reste dehors. Elle est excommuni\u00e9e. Le temple, pour elle, est ferm\u00e9. Le jour o\u00f9 l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre la R\u00e9surrection, Santuzza est la seule \u00e0 ne pas pouvoir rena\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais sa trag\u00e9die la plus profonde est tout autre : elle comprend, trop tard, qu\u2019elle a d\u00e9clench\u00e9 quelque chose qu\u2019elle ne peut plus arr\u00eater. Car c\u2019est elle qui, aveugl\u00e9e par la douleur et la jalousie, r\u00e9v\u00e8le la trahison \u00e0 Alfio. C\u2019est elle qui, ce faisant, signe l\u2019arr\u00eat de mort de l\u2019homme qu\u2019elle aime. Sa passion d\u00e9truit pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019elle voudrait sauver. Et lorsqu\u2019elle maudit Turiddu \u2014 \u201c A toi la mauvaise P\u00e2ques, parjure ! \u201d, une mauvaise P\u00e2ques \u00e0 toi \u2014, ces quelques mots r\u00e9sument tout l\u2019op\u00e9ra : la f\u00eate la plus sacr\u00e9e de l\u2019ann\u00e9e transform\u00e9e en mal\u00e9diction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les autres \u00e9voluent autour d'elle, et chacun d'entre eux est un \u00e9l\u00e9ment de ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Turiddu n'est pas un m\u00e9chant : c'est un homme impulsif, tout en fiert\u00e9 et en d\u00e9sir imm\u00e9diat, anim\u00e9 par l'irresponsabilit\u00e9 tragique de celui qui ne mesure jamais les cons\u00e9quences de ses actes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alfio est le personnage le plus archa\u00efque de tous : lorsqu\u2019il tue, ce n\u2019est pas par jalousie amoureuse \u2014 il tue pour r\u00e9tablir un ordre qui a \u00e9t\u00e9 bafou\u00e9. Il ne d\u00e9fend pas une femme. Il r\u00e9tablit une loi. C\u2019est le code d\u2019honneur incarn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis il y a Lola, figure typique de l'univers m\u00e9diterran\u00e9en d\u00e9peint par Verga : le d\u00e9sir inestimable, la femme qui allume le feu sans jamais en payer le prix. Si Santuzza incarne l'\u00e9ros bless\u00e9, Lola incarne l'\u00e9ros libre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, il y a Mamma Lucia, la m\u00e8re, la conscience du village, qui tente de jouer le r\u00f4le de m\u00e9diatrice sans y parvenir \u2014 car dans l\u2019univers r\u00e9aliste, les a\u00een\u00e9s n\u2019ont plus aucun pouvoir sur les passions des jeunes. Ils ne peuvent que rester spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un fil qui les relie tous, un par un : la <em>sicilianit\u00e9<\/em>&nbsp;\u2014 une condition que des \u00e9crivains comme Pirandello, Sciascia et Bufalino allaient codifier, des d\u00e9cennies plus tard, avec une pr\u00e9cision quasi chirurgicale. Ce n\u2019est pas un comportement : c\u2019est un \u00e9tat int\u00e9rieur. Sciascia la d\u00e9finit comme une n\u00e9vrose \u00e9thique, un m\u00e9lange de fiert\u00e9 et de d\u00e9sespoir face \u00e0 une terre \u00e0 la fois splendide et tragique. Bufalino d\u00e9crit l\u2019\u00e2me sicilienne comme suspendue entre \u201c lumi\u00e8re et deuil \u201d, une extase m\u00e9lancolique qui consume quiconque y appartient. Et Pirandello, avant eux, l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite comme une forme d\u2019exil int\u00e9rieur : le tourment de celui qui reste pris au pi\u00e8ge entre la passion refoul\u00e9e et les faux-semblants sociaux destin\u00e9s \u00e0 la dissimuler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Regardez \u00e0 quel point, dans <em>Cavalerie<\/em>, cette situation prend tout son sens. Ce sont ces contrastes f\u00e9roces et extr\u00eamement puissants dont je vous parlais tout \u00e0 l'heure : la lumi\u00e8re et le deuil, au m\u00eame instant, sur la m\u00eame sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis, au-dessus d\u2019eux tous, se trouve le v\u00e9ritable protagoniste de l\u2019\u0153uvre, qui n\u2019est pas une personne : c\u2019est le village lui-m\u00eame. Le ch\u0153ur est une pr\u00e9sence constante qui d\u00e9finit le contexte moral et social dans lequel vivent les personnages. C\u2019est la communaut\u00e9 en tant que destin. C\u2019est une communaut\u00e9 qui juge, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison qu\u2019elle est la force sociale qui rend la trag\u00e9die in\u00e9vitable. Personne n\u2019est libre ici. C\u2019est le village qui d\u00e9cide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et maintenant, revenons \u00e0 ce morceau c\u00e9l\u00e8bre par lequel nous avons commenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En plein milieu de l\u2019op\u00e9ra, alors que la tension entre Santuzza et Turiddu est d\u00e9sormais insupportable, Mascagni fait quelque chose \u00e0 laquelle personne ne s\u2019attend. Au lieu de laisser le conflit se poursuivre, il s\u2019arr\u00eate. Il vide la sc\u00e8ne \u2014 tout le monde est \u00e0 l\u2019\u00e9glise \u2014 et laisse s\u2019\u00e9couler une musique d\u2019une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 pure, lumineuse, spirituelle, suspendue : l\u2019Intermezzo. Pendant quelques minutes, le temps s\u2019arr\u00eate. Cela sonne comme la paix. Cela sonne comme le pardon. Cela sonne comme la possibilit\u00e9 que tout puisse encore prendre une autre tournure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C'est la plus belle page de l'\u0153uvre. Et c'est un mensonge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car aucun des personnages ne peut plus faire marche arri\u00e8re. La vengeance est d\u00e9j\u00e0 scell\u00e9e, le m\u00e9canisme s\u2019est d\u00e9j\u00e0 enclench\u00e9. Cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 n\u2019est pas une promesse : c\u2019est le portrait de ce qu\u2019aurait \u00e9t\u00e9 la paix, si seulement elle \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 temps. C\u2019est le pardon que personne ne demandera. C\u2019est pourquoi, hors contexte, dans un film ou lors d\u2019un enterrement, cette musique nous brise le c\u0153ur sans que nous sachions pourquoi. Et parce que, au sein de l\u2019\u0153uvre, \u00e0 la bonne place, c\u2019est la chose la plus cruelle qui soit : la beaut\u00e9 montr\u00e9e un instant avant le sang, la porte du salut film\u00e9e alors qu\u2019elle se referme \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin, quant \u00e0 elle, n\u2019est digne que du v\u00e9risme. Turiddu quitte la sc\u00e8ne pour aller se battre en duel. La place reste l\u00e0, dans l\u2019attente, suspendue au murmure sombre des violoncelles et des contrebasses. Le son m\u00e9tallique et sinistre du tam-tam. Et au loin, une voix de femme hurle : \u201c Ils ont tu\u00e9 notre ami Turiddu ! \u201d. C\u2019est tout. Un cri dans la foule, l\u2019orchestre qui s\u2019effondre brusquement, le rideau tombe. On ne voit m\u00eame pas la mort \u2014 c\u2019est une voix anonyme, de passage, qui nous l\u2019annonce, car dans ce monde, la vie d\u2019un homme, c\u2019est exactement cela : une nouvelle qui traverse la place et s\u2019\u00e9teint.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c'est peut-\u00eatre pour cette raison que <em>Cavalleria rusticana <\/em>Il continue de nous parler, plus d\u2019un si\u00e8cle plus tard. Car nous en savons encore quelque chose des communaut\u00e9s qui observent et jugent. Des r\u00e9putations qui valent plus qu\u2019une vie, aussi. De l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapper au regard des autres \u2014 au regard du village \u2014, nous en savons, si c\u2019est possible, encore davantage. Le village de <em>Cavalerie<\/em>&nbsp;Ce n'est pas seulement la Sicile de 1890. C'est tout lieu o\u00f9 le regard des autres devient une loi, et o\u00f9 la loi devient une condamnation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La prochaine fois que vous entendrez cet \u00ab Intermezzo \u00bb \u2014 dans un film, dans une publicit\u00e9, qui sait o\u00f9 \u2014, souvenez-vous que ce n\u2019est pas une musique de paix. C\u2019est la musique d\u2019une paix arriv\u00e9e trop tard. Et qui continue de nous \u00e9mouvoir pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison : parce que chacun d\u2019entre nous, au moins une fois, a vu la porte du salut se refermer un instant avant de pouvoir la franchir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Beatrice Venezi<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-buttons-is-layout-fe29434c wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button has-custom-width wp-block-button__width-50\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-background-color has-text-color has-background has-link-color has-x-large-font-size has-custom-font-size wp-element-button\" href=\"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/il-blog-di-beatrice-venezi\/\" style=\"color:#093969\"><em>Retour au blog<\/em><\/a><\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il Blog di Beatrice Venezi &#8211; Pietro Mascagni Quasi tutti voi, questa musica, l&#8217;avete gi\u00e0 sentita. Non lo sapete, ma l&#8217;avete sentita. \u00c8 finita sulle immagini di un funerale in un film americano, accompagna un pugile che sale sul ring al rallentatore, torna nelle pubblicit\u00e0 quando serve dire &#8220;commozione&#8221; senza [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":8718,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_wpzoom_pinterest_image_url":"","_wpzoom_pinterest_hidden_image":"0","_wpzoom_pinterest_description":"","_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[110],"tags":[41,111,116,69],"class_list":["post-8714","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-beatrice-venezi-blog","tag-beatricevenezi","tag-blogbeatricevenezi","tag-lectio","tag-pietromascagni"],"jetpack_sharing_enabled":true,"featured_media_urls":{"thumbnail":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-150x150.png",150,150,true],"medium":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-300x178.png",300,178,true],"medium_large":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-768x455.png",768,455,true],"large":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"1536x1536":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"2048x2048":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"trp-custom-language-flag":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",18,12,false],"ultp_layout_landscape_large":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"ultp_layout_landscape":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"ultp_layout_portrait":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-600x480.png",600,480,true],"ultp_layout_square":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-600x480.png",600,480,true],"loop":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-810x320.png",810,320,true],"featured":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-431x255.png",431,255,true],"featured@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"featured-fixed":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-431x265.png",431,265,true],"featured-fixed@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"featured-wide":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"featured-cat":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-256x167.png",256,167,true],"featured-cat@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-512x334.png",512,334,true],"single-featured":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"single-featured@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"carousel":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1-276x180.png",276,180,true],"portfolio_item-thumbnail":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",600,356,false],"portfolio_item-thumbnail@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"portfolio_item-masonry":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",600,356,false],"portfolio_item-masonry@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"portfolio_item-thumbnail_cinema":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",565,335,false],"portfolio_item-thumbnail_portrait":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",600,356,false],"portfolio_item-thumbnail_portrait@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",810,480,false],"portfolio_item-thumbnail_square":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png",800,474,false]},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/venezi_blog-Mascagni_cover1.png","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8714","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8714"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8714\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9001,"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8714\/revisions\/9001"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8718"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8714"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8714"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8714"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}