{"id":8734,"date":"2026-08-01T16:41:45","date_gmt":"2026-08-01T14:41:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/?p=8734"},"modified":"2026-08-29T19:30:12","modified_gmt":"2026-08-29T17:30:12","slug":"leoncavallo-il-metateatro-la-maschera-e-la-verita","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/leoncavallo-il-metateatro-la-maschera-e-la-verita\/","title":{"rendered":"Leoncavallo : le m\u00e9tath\u00e9\u00e2tre, le masque et la v\u00e9rit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le BLOG de Beatrice Venezi \u2013 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant m\u00eame que la pi\u00e8ce ne commence, alors que le rideau est encore baiss\u00e9, il se passe quelque chose d\u2019in\u00e9dit en 1892. Un homme difforme, bossu, disgracieux, \u00e9carte la toile et s\u2019avance pour s\u2019adresser \u00e0 vous. \u00c0 vous. Pas \u00e0 un personnage sur sc\u00e8ne : \u00e0 vous, assis dans la salle. Il vous dit que l\u2019auteur a voulu vous raconter un aper\u00e7u de la vraie vie. Il vous pr\u00e9vient que ce que vous allez voir est \u00e0 la fois fiction et r\u00e9alit\u00e9. Et il vous rappelle une chose qui semble \u00e9vidente, mais qui ne l\u2019est pas du tout : derri\u00e8re le costume de l\u2019acteur se cache un homme, un homme comme vous, qui respire le m\u00eame air que vous et qui souffre vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et puis il revient<\/strong> Derri\u00e8re le rideau. Et la pi\u00e8ce commence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Voici le prologue de <em>Clowns<\/em>, <\/strong>et c'est l\u00e0 la cl\u00e9 de toute l'\u0153uvre. Car Ruggero Leoncavallo, en ces quelques minutes, accomplit ce que le th\u00e9\u00e2tre n\u2019apprendra \u00e0 faire que trente ans plus tard, avec Pirandello, avec Brecht : il brise ce mur invisible qui s\u00e9pare la sc\u00e8ne de la salle \u2014 le \u201c quatri\u00e8me mur \u201d \u2014 et vous rend complices. Il vous plonge au c\u0153ur de l\u2019action. Il vous r\u00e9v\u00e8le, d\u2019avance, quel est le principe de l\u2019op\u00e9ra : que la repr\u00e9sentation peut se transformer en r\u00e9alit\u00e9, que la fiction peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en v\u00e9rit\u00e9. Tout est l\u00e0, annonc\u00e9 avant m\u00eame que cela ne commence. Et pr\u00eatez attention \u00e0 celui qui vous l\u2019annonce : le personnage le plus trouble et le plus ambigu de tous. La v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019art mise dans la bouche de <em>m\u00e9chant<\/em>. Gardez cela \u00e0 l'esprit \u00e9galement, car nous y reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Clowns<\/em>&nbsp;e <em>Cavalleria rusticana<\/em>&nbsp;Ils voyagent ensemble depuis plus d'un si\u00e8cle<\/strong>, deux pi\u00e8ces en un acte, souvent jou\u00e9es le m\u00eame soir, le diptyque v\u00e9riste par excellence. Comme <em>Cavalerie<\/em>, ainsi que <em>Clowns<\/em>&nbsp;Elle trouve son origine dans un serment : cela s\u2019est vraiment pass\u00e9. Leoncavallo racontait que son p\u00e8re, magistrat en Calabre, avait jug\u00e9 un v\u00e9ritable crime de jalousie commis au sein d\u2019une troupe de com\u00e9diens itin\u00e9rants, dans les environs de Montalto Uffugo, vers 1865. Que cette histoire soit vraie ou non, il tenait \u00e0 la raconter. Car dans le climat du v\u00e9risme, la formule \u201c cela s\u2019est vraiment pass\u00e9 \u201d conf\u00e9rait au drame une force particuli\u00e8re : le th\u00e9\u00e2tre tir\u00e9 de la vie r\u00e9elle. L\u2019id\u00e9e la plus profonde du v\u00e9risme est pr\u00e9cis\u00e9ment celle-ci : l\u2019artiste est un homme qui \u00e9crit avec du sang et de vraies larmes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Laissez-moi vous raconter cette histoire,<\/strong> car c\u2019est \u00e0 la fois simple et terrible. Une troupe de com\u00e9diens ambulants arrive dans un village de Calabre, le jour de la f\u00eate, pour donner un spectacle. Ils sont quatre ; et l\u00e0, il faut faire attention, car pour chacun d\u2019entre eux, ce qui compte, ce n\u2019est pas seulement qui il est dans la vie, mais qui il incarne sur sc\u00e8ne. C\u2019est l\u00e0 que se cache toute la trag\u00e9die. \u00c0 la t\u00eate de la troupe se trouve Canio, qui incarne dans la pi\u00e8ce Pagliaccio, le mari. Sa jeune \u00e9pouse s\u2019appelle Nedda, et sur sc\u00e8ne, elle est Colombina, la femme coquette. Il y a Tonio, difforme et m\u00e9pris\u00e9, qui incarne dans la pi\u00e8ce Taddeo, le serviteur maladroit qui se consume d\u2019amour pour Colombina et est la ris\u00e9e de tous. Et il y a Beppe, qui incarne Arlequin, l\u2019amoureux de Colombine. Quatre noms \u00e0 double sens qui ne tarderont pas \u00e0 devenir un pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dans la vie, en tout cas, c'est comme \u00e7a.<\/strong> Tonio d\u00e9sire Nedda, mais celle-ci le repousse sans m\u00e9nagement, l\u2019humiliant. Or, Nedda a un amant secret, un jeune homme du village, Silvio. Tonio, bless\u00e9, les surprend et se pr\u00e9cipite pour le dire \u00e0 Canio. Canio surprend sa femme, mais il ne parvient pas \u00e0 voir le visage de l\u2019amant, et ne lui arrache pas son nom. Il la contraint, le soir m\u00eame, \u00e0 monter sur sc\u00e8ne et \u00e0 jouer la pi\u00e8ce \u2014 celle o\u00f9 Colombine trahit Pagliaccio. Vous voyez d\u00e9j\u00e0 o\u00f9 cela nous m\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mais avant d'en arriver l\u00e0,<\/strong> Regardons les gens, car chacun d'entre eux est un univers \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Commen\u00e7ons par Nedda, <\/strong>car c\u2019est l\u00e0 toute la surprise de cet op\u00e9ra. Elle n\u2019est pas simplement l\u2019\u00e9pouse infid\u00e8le, c\u2019est l\u2019incarnation m\u00eame de la libert\u00e9 naturelle. Il y a un moment, au d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ra, o\u00f9 elle se retrouve seule \u00e0 regarder les oiseaux dans le ciel, et o\u00f9 elle chante \u2014 c\u2019est la \u201c Ballatella \u201d, \u00ab Stridono lass\u00f9 \u00bb. On pourrait croire qu\u2019elle ne fait que d\u00e9crire les oiseaux en vol, mais il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une description naturaliste : c\u2019est une projection de son d\u00e9sir le plus profond de libert\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Sa sensibilit\u00e9 est \u00e9l\u00e9mentaire et presque pa\u00efenne :<\/strong> Elle ne raisonne pas en termes moraux ou sociaux, mais en termes vitaux. C'est pourquoi son langage regorge d'images tir\u00e9es de la nature. On retrouve chez Nedda quelque chose qui s'apparente \u00e0 la litt\u00e9rature du XIXe si\u00e8cle, celle qui c\u00e9l\u00e8bre la libert\u00e9 individuelle et l'instinct de vagabondage ; ce n'est pas une rebelle id\u00e9ologique, mais une cr\u00e9ature instinctivement libre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Curieusement, Nedda est aussi<\/strong> le personnage le moins r\u00e9aliste de tout l\u2019op\u00e9ra. Canio, Tonio, le village, vivent selon une logique de possession, d\u2019honneur, de vengeance. Elle semble venir d\u2019une autre dimension po\u00e9tique, plus ancienne et plus lumineuse. Sa musique est elle aussi diff\u00e9rente : plus lyrique, plus l\u00e9g\u00e8re, symbolique et symboliste, comme suspendue dans les airs. C\u2019est comme si Leoncavallo, l\u2019espace d\u2019un instant, ouvrait une fen\u00eatre sur un monde possible, un monde de libert\u00e9, un instant avant de la refermer \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et puis il y a Canio. Le v\u00e9ritable cauchemar de Canio, ce n\u2019est pas<\/strong> Ce n\u2019est pas seulement que Nedda le trahisse. C\u2019est que tout le monde puisse le savoir. C\u2019est que tout le monde puisse se moquer de lui. Arr\u00eatez-vous l\u00e0-dessus, car c\u2019est la m\u00eame blessure que nous avons rencontr\u00e9e dans <em>Cavalerie<\/em>: l\u2019honneur, le regard des autres. Sauf qu\u2019ici, c\u2019est encore plus cruel, car Canio est clown de m\u00e9tier : il gagne sa vie en faisant rire les gens, de village en village, avec un masque de clown peint sur le visage. Il incarne l\u2019homme trahi m\u00eame sur sc\u00e8ne. Pour un homme comme lui, le ridicule n\u2019est pas un simple d\u00e9sagr\u00e9ment : c\u2019est une mort sociale. La cruaut\u00e9 que Leoncavallo lui r\u00e9serve est diabolique : le th\u00e9\u00e2tre le contraint \u00e0 revivre en public, maquill\u00e9, devant les m\u00eames personnes qui pourraient se moquer de lui, son humiliation intime. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que na\u00eet l\u2019air le plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019op\u00e9ra, \u201c Vesti la giubba \u201d : ce n\u2019est pas un air au sens traditionnel du terme, ce n\u2019est pas un morceau de bel canto, c\u2019est un monologue psychologique, un homme qui s\u2019ordonne \u00e0 lui-m\u00eame de se maquiller le visage et d\u2019aller faire rire les gens alors qu\u2019il meurt \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. \u201c Ris, Pagliaccio \u201d, ris de ton amour bris\u00e9. \u00c0 la fin, Canio tuera Nedda alors qu\u2019il porte encore le masque de Pagliaccio sur le visage. Le rire est devenu une torture ; le masque a consum\u00e9 son visage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C'est Tonio qui est \u00e0 l'origine de tout cela.<\/strong> Mais ne l\u2019appelez pas simplement \u00ab le rival \u00bb ou \u00ab le d\u00e9linquant \u00bb, car il est bien plus que cela : c\u2019est celui qui construit la trag\u00e9die, calmement, m\u00e9thodiquement, presque avec art. C\u2019est un Iago r\u00e9aliste. Mais contrairement \u00e0 Iago, la ranc\u0153ur de Tonio na\u00eet d\u2019une condition existentielle qui ne peut changer : et de trois blessures : la frustration \u00e9rotique, l\u2019humiliation publique et sa condition de marginal. Leoncavallo insiste sur son corps \u2014 bossu, disgracieux, rejet\u00e9 \u2014 car au XIXe si\u00e8cle, la difformit\u00e9 physique \u00e9tait la marque de l\u2019exclusion. Tonio est le ressentiment de l\u2019exclu incarn\u00e9. Ce n\u2019est pas un monstre : c\u2019est un homme bless\u00e9 qui d\u00e9cide de transformer sa propre blessure en destruction. Et c\u2019est une figure bien plus inqui\u00e9tante qu\u2019un monstre, car nous la reconnaissons. Il pr\u00e9figure un personnage que la litt\u00e9rature du XXe si\u00e8cle placera au centre : l\u2019homme domin\u00e9 par le ressentiment social.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Si Canio incarne la jalousie, Tonio incarne la ranc\u0153ur<\/strong>. Canio r\u00e9agit sous le coup de l\u2019impulsion, Tonio compose sa vengeance comme on compose une partition. Et souvenez-vous : c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cet homme, l\u2019exclu, le rancunier, qui, dans le Prologue, est venu nous dire la v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019art. Le personnage le plus obscur est aussi la voix de la v\u00e9rit\u00e9 artistique, ce qui cr\u00e9e un paradoxe tr\u00e8s moderne : la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019art est proclam\u00e9e par le personnage le plus ambigu sur le plan moral.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et voici maintenant l'invention la plus vertigineuse de toutes,<\/strong> le deuxi\u00e8me acte. Car dans le deuxi\u00e8me acte, nous assistons \u00e0 la pi\u00e8ce que la troupe joue pour le village, qui raconte, par une co\u00efncidence atroce, exactement l\u2019histoire qui se d\u00e9roule dans la vie r\u00e9elle : Colombina \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire Nedda \u2014 attend en secret son amant Arlequin pendant que son mari Pagliaccio \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire Canio \u2014 est absent, et son entremetteur n\u2019est autre que Taddeo, le serviteur \u00e9conduit, c\u2019est-\u00e0-dire Tonio, qui, sur sc\u00e8ne, se consume d\u2019amour pour Colombine exactement comme, dans la vie, il se consume d\u2019amour pour Nedda.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chaque masque rend \u00e0 celui qui le porte sa propre vie. <\/strong>Et Canio, qui incarne dans la pi\u00e8ce le mari tromp\u00e9, doit faire semblant d\u2019en rire \u2014 lui qui, dans la r\u00e9alit\u00e9, est bel et bien le mari tromp\u00e9. Ainsi, lorsque \u201c Pagliaccio \u201d exige de sa femme le nom de son amant, cela cesse d\u2019\u00eatre une plaisanterie : c\u2019est Canio qui demande \u00e0 Nedda le nom de Silvio. Soudain, il y a deux publics, qui se refl\u00e8tent dans les diff\u00e9rentes dimensions du th\u00e9\u00e2tre : nous, le public r\u00e9el, dans la salle et dans les loges, et le village sur sc\u00e8ne qui assiste au spectacle. Et lorsque la trag\u00e9die \u00e9clate \u2014 lorsque Canio cesse de jouer, et que le couteau devient r\u00e9el \u2014 les deux publics voient exactement la m\u00eame sc\u00e8ne. La fronti\u00e8re entre spectacle et r\u00e9alit\u00e9 s\u2019efface. Mais le public interne, celui du village, continue de croire qu\u2019il s\u2019agit de th\u00e9\u00e2tre, il pense \u00e0 une magnifique interpr\u00e9tation. Canio tue r\u00e9ellement, et pendant quelques secondes, les gens restent l\u00e0, \u00e0 attendre la r\u00e9plique suivante, car la r\u00e9alit\u00e9 est arriv\u00e9e avant que quiconque n\u2019ait pu la reconna\u00eetre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et puis vient cette phrase.<\/strong> Vous la connaissez m\u00eame si vous n\u2019avez jamais vu cet op\u00e9ra, car elle fait d\u00e9sormais partie de l\u2019imaginaire collectif : \u201c La com\u00e9die est finie \u201d. Leoncavallo confie cette r\u00e9plique \u00e0 Tonio : l\u2019homme qui a ouvert le spectacle avec le prologue est le m\u00eame qui le cl\u00f4t. C\u2019est lui le cadre, le narrateur, le metteur en sc\u00e8ne cach\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019op\u00e9ra : il ouvre le spectacle, met l\u2019intrigue en marche et reste l\u00e0 \u00e0 observer le d\u00e9sastre final.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cette phrase a deux sens \u00e0 la fois.<\/strong> La com\u00e9die au sein de l\u2019op\u00e9ra est bel et bien termin\u00e9e, certes, mais l\u2019illusion du th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame a \u00e9galement pris fin. Le masque a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9, et derri\u00e8re se cachait un homme bien r\u00e9el, avec du vrai sang. Pas de catharsis, pas de r\u00e9demption, pas de grand air d\u2019adieu pour nous consoler : la brutalit\u00e9 honn\u00eate du v\u00e9risme. Juste un homme en costume, un couteau, et une phrase qui abat le rideau sur l\u2019id\u00e9e m\u00eame que le th\u00e9\u00e2tre et la vie soient deux choses distinctes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C'est pour cette raison que <em>Clowns<\/em>, parmi toutes les \u0153uvres v\u00e9ristes, c'est la plus moderne.<\/strong> Parce que la plupart d'entre elles sont r\u00e9alistes : elles nous montrent la vraie vie. <em>Clowns<\/em>&nbsp;Elle va plus loin et aborde un sujet plus profond : c'est une \u0153uvre sur le th\u00e9\u00e2tre. Sur les com\u00e9diens, les masques, le public, la repr\u00e9sentation. C'est une r\u00e9flexion philosophique sur ce que signifie jouer la com\u00e9die, d\u00e9guis\u00e9e en m\u00e9lodrame de soixante-dix minutes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pirandello va construire toute son \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale autour de cette question<\/strong> \u2014 O\u00f9 s'arr\u00eate le masque et o\u00f9 commence l'homme ? \u2014 Trente ans plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Si vous la placez \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la <em>Cavalerie<\/em><\/strong>, comme c'est le cas depuis plus d'un si\u00e8cle, vous verrez que ces deux \u0153uvres s'inscrivent dans une m\u00eame r\u00e9flexion. Dans <em>Cavalerie<\/em>&nbsp;Les personnages font partie de la communaut\u00e9, le ch\u0153ur\/village sert de toile de fond \u00e0 leur vie quotidienne et la trag\u00e9die survient parce que personne ne peut \u00e9chapper au regard collectif et \u00e0 la pression sociale. Dans <em>Clowns<\/em>, les personnages vivent en marge de la communaut\u00e9 et la trag\u00e9die na\u00eet de l\u2019effondrement de la fronti\u00e8re entre le th\u00e9\u00e2tre et la vie, \u00e0 partir du moment o\u00f9 nous ne parvenons plus \u00e0 distinguer le masque de notre visage. Nous en savons encore quelque chose. Nous qui passons nos journ\u00e9es \u00e0 jouer une version de nous-m\u00eames, et qui, de temps \u00e0 autre, ne nous souvenons plus tr\u00e8s bien quel est le visage et quel est le masque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Au d\u00e9but, l'homme difforme nous avait pr\u00e9venus.<\/strong> Il nous l\u2019avait dit clairement : c\u2019\u00e9tait du th\u00e9\u00e2tre, et c\u2019\u00e9tait vrai. Les deux \u00e0 la fois. On ne l\u2019a pas cru jusqu\u2019au bout \u2014 on n\u2019y croit jamais, au d\u00e9but. Et puis la pi\u00e8ce s\u2019est termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Beatrice Venezi<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-buttons-is-layout-fe29434c wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button has-custom-width wp-block-button__width-50\"><a class=\"wp-block-button__link has-white-background-color has-text-color has-background has-link-color has-x-large-font-size has-custom-font-size wp-element-button\" href=\"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/il-blog-di-beatrice-venezi\/\" style=\"color:#093969\"><em>Retour au blog<\/em><\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il BLOG di Beatrice Venezi &#8211; Prima ancora che l&#8217;opera cominci, mentre il sipario \u00e8 ancora chiuso, accade una cosa che nel 1892 non si era mai vista. Un uomo deforme, gobbo, sgraziato, scosta la tela e viene avanti a parlarvi. A voi. Non a un personaggio sulla scena: a 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