{"id":9225,"date":"2026-10-23T17:17:52","date_gmt":"2026-10-23T15:17:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/?p=9225"},"modified":"2026-10-23T17:17:55","modified_gmt":"2026-10-23T15:17:55","slug":"turandot-al-tempo-delle-favole-cioe-adesso","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/turandot-al-tempo-delle-favole-cioe-adesso\/","title":{"rendered":"Turandot \u2013 \u00c0 l\u2019\u00e9poque des contes de f\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire maintenant"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le BLOG de Beatrice Venezi<\/strong> \u2013 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vous \u00e9cris depuis Bakou, au c\u0153ur du Caucase, en cette Asie qui semble faite pour le climat de&nbsp;<em>Turandot<\/em>: une fronti\u00e8re entre l\u2019Orient et l\u2019Occident, o\u00f9 le vent du Caspio apporte des odeurs et des sons qui, \u00e0 l\u2019oreille europ\u00e9enne, arrivent d\u00e9j\u00e0 comme de la musique venue d\u2019ailleurs. Je suis ici ces jours-ci pour diriger pr\u00e9cis\u00e9ment&nbsp;<em>Turandot<\/em>. C\u2019est un \u0153uvre qui m\u2019unit \u00e0 quelque chose de plus que le r\u00e9pertoire : elle a marqu\u00e9 mon premier r\u00f4le au Teatro Col\u00f3n de Buenos Aires, et chaque fois que je r\u00e9ouvre cette partition, je me rends compte que les questions de la premi\u00e8re fois sont encore l\u00e0, intactes, \u00e0 m\u2019attendre. C\u2019est pourquoi j\u2019ai envie de vous en parler.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un temps suspendu<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00c0 P\u00e9kin, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des contes de f\u00e9es\u00bb<\/em>&nbsp;Ainsi se lit la l\u00e9gende du livret. Ce n\u2019est donc pas un lieu ni une \u00e9poque, mais une suspension. Et il vaut la peine de noter une circonstance curieuse :&nbsp;<em>Turandot<\/em>&nbsp;c\u2019est, ensemble avec&nbsp;<em>Les Villi<\/em>, le seul sujet fantastique que Puccini ait jamais trait\u00e9. La premi\u00e8re et la derni\u00e8re de ses \u0153uvres touchent le fantastique, comme si le cercle de sa vie cr\u00e9atrice s\u2019ouvrait et se refermait hors du temps : une toile de fond de conte de f\u00e9es autour d\u2019un catalogue de femmes, de villes et de destins r\u00e9els.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant, nous savons bien que Puccini \u00e9tait un reconstructeur de mondes. Pour chaque \u0153uvre, il \u00e9tudiait en profondeur les usages et les coutumes, les instruments traditionnels, les m\u00e9lodies authentiques des lieux o\u00f9 il voulait mettre en sc\u00e8ne ses histoires ; il \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 \u00e9viter les fautes ou les inexactitudes. Comme il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait pour ses autres \u0153uvres, il s\u2019effor\u00e7ait de rendre chaque pi\u00e8ce unique et unique.&nbsp;<em>Turandot<\/em>&nbsp;Il fit de m\u00eame \u2014 des collections de m\u00e9lodies chinoises authentiques, m\u00eame un carillon du baron Fassini, son ami, dont il a tir\u00e9 des th\u00e8mes qui deviendraient inclassables dans l\u2019\u0153uvre \u2014 mais avec une diff\u00e9rence d\u00e9cisive : sa Chine n\u2019avait pas besoin d\u2019\u00eatre r\u00e9elle. Elle devait \u00eatre une Chine de conte, suspendue, onirique. Et la suspension, dans la musique, se construit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment ? Par des proc\u00e9dures parall\u00e8les pour les quarts et les quintes : accords supprim\u00e9s de la troisi\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire de la note qui indique \u00e0 l\u2019oreille si nous sommes en majeur ou en mineur. Enlevant cette boussole, l\u2019auditeur occidental perd la perception du temps et reste, litt\u00e9ralement, suspendu. Et puis les escalades \u00e0 pentatonique et \u00e0 hexatonique, \u00e9trang\u00e8res au syst\u00e8me tonal qui nous est familier ; et un poids in\u00e9dit est accord\u00e9 au domaine des percussions, avec l\u2019ajout de xylophones, de cloches tubulaires et de gong chinois : des solutions timbriques nouvelles, puissantes et raffin\u00e9es en m\u00eame temps. Des mat\u00e9riaux r\u00e9els, r\u00e9assembl\u00e9s cependant dans un paysage qui n\u2019existe pas. On pourrait dire que la sc\u00e8ne la plus imposante de cette \u0153uvre n\u2019est pas sur le plateau : elle se situe dans l\u2019orchestre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un critique de la Stampa, \u00e0 la suite de la premi\u00e8re, a d\u2019ailleurs saisi le point avec pr\u00e9cision : pour la premi\u00e8re fois, Puccini abandonnait le drame lin\u00e9aire, d\u00e9couvert, logique, pour une action tortur\u00e9e, myst\u00e9rieuse, fantastique. Il l\u2019avait aussi remarqu\u00e9, il \u00e9tait le premier \u00e0 le remarquer. Et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que commence le myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une ombre de Strauss<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Turandot<\/em>&nbsp;Cela ne ressemble pas \u00e0 une \u0153uvre puccinienne. Au contraire, cela ressemble \u00e0 une \u0153uvre symboliste, et \u00e0 mon avis, \u00e0 chaque fois que je la dirige, elle est fortement marqu\u00e9e par l\u2019ombre de Richard Strauss.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est pas une fantaisie de podium : Puccini \u00e9tait, parmi tous nos compositeurs, le plus curieux de ce qui se passait ailleurs. En 1906, il traversa la moiti\u00e9 de l\u2019Europe pour assister \u00e0 la premi\u00e8re repr\u00e9sentation autrichienne de&nbsp;<em>Salome<\/em>&nbsp;\u00e0 Graz \u2014 dans la m\u00eame salle se trouvaient Mahler, Sch\u00f6nberg, Berg \u2014 et dans les ann\u00e9es de&nbsp;<em>Turandot<\/em>&nbsp;Il suivait attentivement Debussy, Stravinsky, Sch\u00f6nberg et Bart\u00f3k. Ce monde entre dans la partition, et non pas seulement comme citation : il entre comme mode de penser le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prenez l\u2019imperfection de l\u2019octavine qui parcourt tout le premier acte, cette petite tache aig\u00fce qui revient comme un tic obsessionnel : c\u2019est un geste que nous connaissons bien, nous le retrouvons par exemple dans&nbsp;<em>Die<\/em><em>Femme sans ombre<\/em>. \u00c9coutez la premi\u00e8re apparition de Turandot, suspente et cruelle, tout c\u00e9r\u00e9monial et absolument sans aucune dimension lyrique. Et surtout \u00e9coutez le troisi\u00e8me acte, lorsque les masques tentent de convaincre Calaf de se contenter d\u2019autres femmes : l\u00e0, les allusions \u00e0&nbsp;<em>Salome<\/em>&nbsp;Ils me semblent presque d\u00e9clar\u00e9s. La lune, d\u2019ailleurs, pr\u00e9side \u00e0 ces deux \u0153uvres et refl\u00e8te probablement l\u2019influence stravinovienne ; cette lune que le ch\u0153ur invoque \u00e0 P\u00e9kin (<em>\u00abPourquoi la lune est-elle en retard?\u00bb<\/em>) et que dans&nbsp;<em>Salome<\/em>&nbsp;C\u2019est l\u2019\u0153il fixe de toute cette trag\u00e9die.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le point de contact le plus profond, et pour moi le plus r\u00e9v\u00e9lateur, est un intervalle.&nbsp;<em>Turandot<\/em>&nbsp;Il s\u2019ouvre sur un tritone, et sur le tritone il construit sa propre teinte. Le tritone est l\u2019intervalle qui divise l\u2019octave en deux parties parfaitement \u00e9gales : c\u2019est pourquoi il n\u2019a pas de gravit\u00e9, il ne signale pas une direction, il ne dit pas \u00e0 l\u2019oreille o\u00f9 il va se placer. La th\u00e9orie m\u00e9di\u00e9vale l\u2019appelait&nbsp;<em>Diabolus in musica<\/em>&nbsp;et il interdisait son usage, non seulement pour superstition mais pour une raison technique pr\u00e9cise : c\u2019est le seul intervalle qui nie la hi\u00e9rarchie tonale, qui refuse de se r\u00e9soudre. Un son sans centre. M\u00eame&nbsp;<em>Salome<\/em>&nbsp;Il s\u2019ouvre sur un tritone, et la parent\u00e9 \u2014 analys\u00e9e analytiquement \u2014 n\u2019est pas al\u00e9atoire. Sur cet axe ambigu, Puccini fonde une harmonie que les chercheurs qualifient de bicentrique : deux p\u00f4les qui coexistent sans jamais fusionner. Je trouve que c\u2019est la d\u00e9finition musicale la plus exacte de l\u2019ensemble de l\u2019histoire. Turandot et Calaf sont deux centres qui ne se r\u00e9solvent pas mutuellement, et le final manqu\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit l\u00e0, dans les premi\u00e8res mesures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est ici que je voudrais \u00eatre pr\u00e9cise quant \u00e0 la parole \u201c symbolisme \u201d, car risque de para\u00eetre comme une \u00e9tiquette g\u00e9n\u00e9rique. Le symbolisme est une po\u00e9tique bien d\u00e9finie, celle de Mallarm\u00e9 et de Maeterlinck, et en th\u00e9\u00e2tre il entra\u00eene des cons\u00e9quences dramaturghiques pr\u00e9cises. Premi\u00e8rement : le personnage cesse d\u2019\u00eatre un individu psychologique et devient un embl\u00e8me ; non pas un caract\u00e8re en \u00e9volution, mais une figure qui signifie quelque chose. Deuxi\u00e8mement : l\u2019action se rigidifie en rituel, th\u00e9\u00e2tre statique, c\u00e9r\u00e9monie ; on ne va pas par cause et effet, mais par apparitions. Troisi\u00e8mement : au centre il n\u2019y a pas de d\u00e9sir, il y a une obsession, et son objet est inaccessible par d\u00e9finition \u2014 souvent une femme fatale qui co\u00efncide avec la mort. Quatri\u00e8mement : on retrouve des images fixes, autonomes, presque hypnotiques : la lune, le sang, le voile, la t\u00eate coup\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, veuillez lire attentivement&nbsp;<em>Turandot :&nbsp;<\/em>les<em>&nbsp;<\/em>Les t\u00eates des pr\u00e9tendants enfonc\u00e9es dans les murailles, comme la t\u00eate du Baptiste sur le plat de Salome. La lune qui r\u00e9gule le rituel de l\u2019ex\u00e9cution. Une protagoniste qui n\u2019est pas une femme mais un \u00e9nigme, et qui appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois sans chanter une note, mutante, comme une ic\u00f4ne. Un ch\u0153ur qui se d\u00e9place en masse dans une forme c\u00e9r\u00e9monielle. Un critique a d\u00e9crit le passage de cette \u0153uvre comme cruel, pr\u00e9cieux et impassible : trois adjectifs qui pourraient valoir pour&nbsp;<em>P\u00e9l\u00e9e et M\u00e9lisande,&nbsp;<\/em>l\u2019\u0153uvre symboliste par excellence, et ce n\u2019est pas un hasard si c\u2019est justement de l\u00e0 que, selon Teodoro Celli, d\u00e9coule la m\u00e9lodie de&nbsp;<em>Tu qui portes le gel dans ton c\u0153ur<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pourquoi je dis que cette \u0153uvre n\u2019est pas puccinienne : c\u2019est une esth\u00e9tique du rituel et du symbole, pas du sentiment. Une \u0153uvre o\u00f9 les personnages comptent davantage par leur repr\u00e9sentation que par ce qu\u2019ils ressentent. C\u2019est exactement le contraire du Puccini que nous croyons conna\u00eetre, et c\u2019est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 la moiti\u00e9 de la r\u00e9ponse \u00e0 la question qui va suivre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Deux protagonistes odieux<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car la v\u00e9ritable question, celle que personne n'a jamais vraiment r\u00e9solue, est la suivante : pourquoi Puccini n'a-t-il pas r\u00e9ussi \u00e0 finir son \u0153uvre ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attention : ce n'est pas ce qui s'est pass\u00e9 comme on le raconte souvent. Ce n'est pas la mort qui a interrompu la course.&nbsp;<em>Turandot<\/em>. Puccini avait achev\u00e9 et orchestr\u00e9 chaque note jusqu'\u00e0 la mort de Li\u00f9 des mois avant de partir pour Bruxelles ; ce qui l'avait arr\u00eat\u00e9 n'\u00e9tait pas le temps, mais quelque chose qui ressemble plut\u00f4t \u00e0 un moment de grande difficult\u00e9 compositive. Il ne pouvait tout simplement pas continuer. Et je crois que cette difficult\u00e9 avait un nom, deux en fait : Turandot et Calaf.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux personnages sont en effet tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des personnages pucciniennes habituelles. Et \u2014 disons-le \u2014 ils sont tous deux profond\u00e9ment r\u00e9pugnants. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la princesse de glace que tout le monde conna\u00eet : aigre, ritualis\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 faire tomber des t\u00eates pour un \u00e9nigme. De l\u2019autre, Calaf, et c\u2019est l\u00e0 que ma lecture prend une tournure plus radicale : Calaf n\u2019est pas amoureux de Turandot. Il s\u2019en amourne avec l\u2019id\u00e9e du pouvoir. Il est un prince d\u00e9cadent, fils d\u2019un roi destitu\u00e9 ; dans cette femme inaccessible, il ne voit pas une personne mais la reconqu\u00eate de ce qui lui a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9. Et le livret, s\u2019il en entend bien parler, le dit ouvertement : ce sont les trois masques qui lui le disent en face,<em>&nbsp;\u00abTurandot n\u2019existe pas ! Il n\u2019existe pas non plus le Niente dans lequel tu te r\u00e9duis!\u00bb<\/em>. L\u2019objet du d\u00e9sir de Calaf est le Non de pouvoir et de vanit\u00e9 ; et il s\u2019y pr\u00e9cipite avec enthousiasme : un h\u00e9ros qui poursuit le pouvoir sous la forme de l\u2019amour. Il est difficile d\u2019imaginer quelque chose de plus \u00e9loign\u00e9 de l\u2019univers humaniste de Puccini \u2014 et, en regardant de plus pr\u00e8s, de quelque chose de plus proche du n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Li\u00f9, ou de l\u2019humanit\u00e9 n\u00e9cessaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est entre ces deux personnages anti-humains que Puccini se trouve presque contraint de cr\u00e9er Li\u00f9. Dans le conte original de conteur Gozzi \u2014 que Puccini, par ailleurs, n\u2019a connu pas dans le texte v\u00e9nitien mais gr\u00e2ce \u00e0 la version de Schiller traduite par Andrea Maffei \u2014 Li\u00f9 n\u2019existe pas. Puccini l\u2019y ins\u00e8re parce que autrement lui manquerait pr\u00e9cis\u00e9ment elle : l\u2019h\u00e9ro\u00efne puccinienne, la femme qu\u2019il aime et qui se sacrifie, la derni\u00e8re transfiguration de ce type f\u00e9minin qui avait \u00e9t\u00e9 Manon, Mim\u00ec, Butterfly. Li\u00f9 est la seule r\u00e9serve d\u2019humanit\u00e9 de l\u2019histoire. Et c\u2019est pour cette raison, je crois, que lorsque Li\u00f9 meurt tout s\u2019arr\u00eate et s\u2019\u00e9puise : s\u2019arr\u00eate l\u2019histoire, s\u2019\u00e9puise la cr\u00e9ativit\u00e9 de Puccini, finie \u2014 on pourrait dire \u2014 l\u2019ensemble du m\u00e9lodrame italien, qui ne sera plus le m\u00eame apr\u00e8s lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai toujours trouv\u00e9 \u00e9mouvantes ces derni\u00e8res phrases : les arcs qui dessinent une ligne descendante, comme la descente vers la mort, et l\u2019octave qui monte et reste suspendue dans les airs, comme l\u2019\u00e2me de Li\u00f9 qui monte vers le ciel. Puccini s\u2019est arr\u00eat\u00e9 l\u00e0.&nbsp;<em>\u00ab Ne pas l\u2019avoir fini\u2026 \u00e7a me fait mal \u00bb<\/em>, Il a confess\u00e9 \u00e0 la fin de sa vie. Et \u00e0 ceux qui \u00e9taient autour de lui dans ces derniers moments, il a donn\u00e9 des instructions pr\u00e9cises :&nbsp;<em>\u00abL\u2019\u0153uvre sera pr\u00e9sent\u00e9e incompl\u00e8te, et alors quelqu\u2019un sortira \u00e0 la lumi\u00e8re du jour et dira au public : \u201c \u00c0 pr\u00e9sent, le Ma\u00eetre est mort \u201d<\/em>. Lors de la premi\u00e8re de l\u2019Op\u00e9ra, le 25 avril 1926, Toscanini fit exactement cela : il interrompit le fameux Mi funebre qui co\u00efncide avec la fin de Li\u00f9, suspendu dans les airs comme un adieu. Puccini, en fin de compte, meurt avec l\u2019h\u00e9ro\u00efne de son dernier op\u00e9ra.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le destin de cette fin, le d\u00e9bat n\u2019a jamais cess\u00e9 : la version compl\u00e9t\u00e9e par Alfano, interrompue par Toscanini pendant plus d\u2019un quart de la dur\u00e9e, la version r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par Berio en 2001, qui, comme Gerhard l\u2019affirme, ne devrait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e que jusqu\u2019au point o\u00f9 le Ma\u00eetre l\u2019a laiss\u00e9e. J\u2019en ai \u00e9crit plus en d\u00e9tail dans&nbsp;<em>Puccini contre tout<\/em>Et ce n\u2019est pas une question qui puisse \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e en quelques lignes. Mais une chose je peux dire en tant que directeur : quand je peux, je pr\u00e9f\u00e8re toujours me concentrer sur la mort de Li\u00f9. Apr\u00e8s ce cort\u00e8ge fun\u00e8bre, tout reste suspendu, \u00e9motionnellement intense, cathartique, tant pour les interpr\u00e8tes que pour le public, et je trouve que c\u2019est la mani\u00e8re la plus honn\u00eate de respecter, ensemble, l\u2019\u0153uvre et son silence.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le ch\u0153ur, ou le n\u00f4tre<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, il y a un \u00e9l\u00e9ment que je voudrais attirer votre attention, car dans cette \u0153uvre il acquiert une importance que Puccini n\u2019avait jamais accord\u00e9e auparavant : le ch\u0153ur. Ici, on revient \u00e0 la conception grecque du ch\u0153ur comme communaut\u00e9 morale : c\u2019est bien une communaut\u00e9, certes, mais c\u2019est aussi un protagoniste, voire peut-\u00eatre le v\u00e9ritable protagoniste de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand elle d\u00e9couvre que Li\u00f9 conna\u00eet le nom du prince, la foule s\u2019empare violemment d\u2019elle :&nbsp;<em>\u00ab Soie li\u00e9e ! Soie d\u00e9chir\u00e9e ! Pourquoi parles-tu ? Pourquoi meurt-elle ! \u00bb<\/em>. Et un instant apr\u00e8s sa mort, la m\u00eame foule lui demande pardon \u2014 non pour un repentir, notez bien, mais pour la crainte que l\u2019\u00e2me offens\u00e9e puisse se venger. F\u00e9roce avant, superstitieuse ensuite ; conscience, jamais. On a presque l\u2019impression que Puccini avait vu arriver l\u2019onde d\u2019haine collective qui est typique de nos jours, de la civilisation des r\u00e9seaux sociaux : la foule qui s\u2019enflamme, la foule qui se d\u00e9foule, la foule qui ne regarde jamais vraiment le corps qu\u2019elle a laiss\u00e9 sur le sol.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Au temps des contes de f\u00e9es, c'est-\u00e0-dire maintenant<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pourquoi, depuis le podium de Bakou, cette partition me semble tout sauf une histoire d\u2019un prince amoureux du pouvoir, d\u2019une foule qui passe du linchage \u00e0 l\u2019auto-exaltation, et au milieu une seule cr\u00e9ature capable de vraiment aimer \u2014 qui en effet ne survit pas.&nbsp;<em>\u00abAu temps des contes de f\u00e9es\u00bb<\/em>, dit l\u2019inscription. Mais les contes, nous le savons, parlent toujours du pr\u00e9sent. Puccini s\u2019est arr\u00eat\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 finissait l\u2019humanit\u00e9 de son histoire ; \u00e0 nous, il nous incombe de recommencer l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Beatrice Venezi<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-vivid-cyan-blue-color has-text-color has-link-color wp-elements-1\"><a href=\"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/fr\/il-blog-di-beatrice-venezi\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.beatricevenezi.it\/il-blog-di-beatrice-venezi\/\">Retour au blog<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il BLOG di Beatrice Venezi &#8211; Vi scrivo da Baku, nel cuore del Caucaso, in quell&#8217;Asia che sembra fatta apposta per il clima di&nbsp;Turandot: una soglia tra Oriente e Occidente, dove il vento del Caspio porta odori e suoni che a un orecchio europeo arrivano gi\u00e0 come musica d&#8217;altrove. 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[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":9230,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_wpzoom_pinterest_image_url":"","_wpzoom_pinterest_hidden_image":"0","_wpzoom_pinterest_description":"","_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[110],"tags":[41,112,118,65],"class_list":["post-9225","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-beatrice-venezi-blog","tag-beatricevenezi","tag-beatriceveneziblog","tag-blog","tag-turandot"],"jetpack_sharing_enabled":true,"featured_media_urls":{"thumbnail":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-150x150.png",150,150,true],"medium":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-300x178.png",300,178,true],"medium_large":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-768x455.png",768,455,true],"large":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-1024x606.png",810,479,true],"1536x1536":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-1536x909.png",1536,909,true],"2048x2048":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera.png",1630,965,false],"trp-custom-language-flag":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-18x12.png",18,12,true],"ultp_layout_landscape_large":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-1200x800.png",1200,800,true],"ultp_layout_landscape":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-870x570.png",870,570,true],"ultp_layout_portrait":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-600x900.png",600,900,true],"ultp_layout_square":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-600x600.png",600,600,true],"loop":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-950x320.png",950,320,true],"featured":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-431x255.png",431,255,true],"featured@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-862x510.png",862,510,true],"featured-fixed":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-431x265.png",431,265,true],"featured-fixed@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-862x530.png",862,530,true],"featured-wide":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-1240x520.png",1240,520,true],"featured-cat":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-256x167.png",256,167,true],"featured-cat@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-512x334.png",512,334,true],"single-featured":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-810x480.png",810,480,true],"single-featured@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-1620x960.png",1620,960,true],"carousel":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera-276x180.png",276,180,true],"portfolio_item-thumbnail":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera.png",600,355,false],"portfolio_item-thumbnail@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera.png",1200,710,false],"portfolio_item-masonry":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera.png",600,355,false],"portfolio_item-masonry@2x":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera.png",1200,710,false],"portfolio_item-thumbnail_cinema":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera.png",566,335,false],"portfolio_item-thumbnail_portrait":["https:\/\/www.beatricevenezi.it\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Partitura-e-Turandot_-lezione-dopera.png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