(08/12/2025) La critique de Sosa Battaglia.
“ Au cœur de cette conception, la soutenant du début à la fin, s’est imposée tout naturellement sa figure de proue : Beatrice Venezi, véritable pivot du chapitre le plus profond du gala. Beatrice Venezi : la colonne vertébrale d’une cérémonie sonore. Rien de ce que l’on a entendu n’aurait atteint une telle clarté sans la présence de Venezi, dont la direction, à la fois ferme et souple, a fait office de colonne vertébrale de toute la première partie. C’est elle qui a unifié l’énergie des formations stables, qui a ordonné le matériau sonore, qui a amplifié chaque tension interne et qui a apporté ce souffle long — presque rituel — qui a fait de cette célébration un événement artistique majeur. Sous sa baguette, Alexandre Nevski a pris un caractère cérémoniel : précision sans raideur, épopée sans grandiloquence, transparence sans vide. Venezi a travaillé à partir de l’architecture interne, de la couleur et d’une conscience dramatique qui s’exprime rarement avec une telle netteté dans une salle. L’Orchestre permanent et le Chœur permanent ont répondu avec une cohésion admirable, portés par une interprétation qui respirait et se contractait avec une organicité presque théâtrale. Un Nevski qui avance comme une machine historique parfaitement huilée. La chef d’orchestre a évité tous les clichés du répertoire soviétique. Pas de masses lourdes, pas de densités informes. À la place : des lignes internes tendues comme de l’acier, des contrastes timbriques dessinés avec une précision microscopique, et un traitement de la couleur qui a révélé des nuances habituellement submergées sous la surface. Dès le « Chant à Alexandre Nevski ”, Venezi a tracé une courbe narrative ample, presque cinématographique. Les cordes ont construit une base vibrante sur laquelle les cuivres ont émergé avec une noblesse sobre, sans stridence. Tout avançait selon une logique interne parfaite : chaque section trouvait sa raison d’être, chaque épisode s’enchaînait comme cause et conséquence. Rien d’ornemental : seulement du sens. La Bataille sur la glace — Chorégraphie rythmique et précision chirurgicale C’est dans cette partie que l’un des moments forts de la soirée a été atteint. Venezi a su créer une clarté texturale remarquable : percussions, cordes graves et cuivres s’imbriquaient comme les rouages d’un mécanisme rythmique unique. Au lieu de saturer la puissance sonore, la chef d’orchestre a choisi de travailler la sensation d’avancée, d’élan : comme si une force collective — une armée musicale — émergeait de la fosse et se dirigeait vers le parterre. Une violence sonore raffinée, calibrée, qui n’a jamais perdu le contrôle. L’Orchestre permanent a répondu par une prestation exceptionnelle, se surpassant presque. Le Chœur permanent : le rempart sonore du centenaire. Si l’Orchestre a brillé par sa précision, le Chœur permanent s’est carrément érigé en rempart sonore. Une justesse compacte, une puissance maîtrisée, une homogénéité irréprochable. Venezi les a dirigés avec autorité et sensibilité, dosant les tensions, construisant des crescendos à partir du cœur même du son et non d’une simple projection physique. Sa prestation a réaffirmé pourquoi cet ensemble est l’un des emblèmes artistiques du Théâtre Colón. Sous la direction de Beatrice Venezi, il a offert une interprétation d’Alexandre Nevski qui restera gravée dans la mémoire institutionnelle. ”
